Le Peuplier Noir

Une magnifique figue sur son figuier

Je suis le Peuplier noir.
Je pousse vite, très vite. Mes racines s’élancent loin, bien au-delà de mon tronc, jusqu’à quarante mètres parfois. J’aime l’espace, j’explore le sol, j’ouvre le chemin.

Je vis cent vingt, peut-être cent cinquante ans. Ce n’est pas si long, mais c’est assez pour ancrer ma présence.

On me dit frémissant. C’est vrai.
Au moindre souffle, mes feuilles tremblent. Elles bougent sans cesse, comme l’humanité que l’on appelait autrefois populus.
C’est de là que vient mon nom.
Le peuple. Le mouvement. La vie.

Depuis longtemps, je vous rends service.
Ma résine entrait dans des onguents contre les brûlures, les inflammations, les crevasses.
Mes bourgeons et mon écorce contiennent de la salicine — la même molécule que celle du saule, celle dont est née l’aspirine.
Aujourd’hui encore, vous utilisez mes feuilles, mes bourgeons, mon bois.
En infusion de mes feuilles pour apaiser vos rhumatismes
Et sans toujours le savoir, vous m’accueillez dans vos remèdes les plus anciens.

Les abeilles me connaissent bien.
Elles viennent chercher, sur mes bourgeons fermés, cette fine cire qu’elles transformeront en propolis.

Je suis un arbre simple, mais généreux.
J’avance vite, j’offre beaucoup, et je reste souple face au vent.

Je suis le Peuplier noir.
Celui qui tremble et qui soigne.
Celui qui murmure quelque chose du peuple et du vivant.

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