Je suis le cassissier.
Petit arbuste discret, robuste, aux rameaux souples et aux fruits d’encre.
Je pousse dans les haies, les jardins oubliés, les vergers en transition.
J’affectionne les sols humides et ombragés.
Je n’ai rien d’exotique, et pourtant, je suis une richesse d’ici.
Je suis d’abord une plante de soin.
Au XVIIIe siècle déjà, vous me considériez comme un allié de votre longévité.
Saviez-vous que mes feuilles portent, sur leur face inférieure, de petites glandes à huile essentielle ?
Peut-être avez-vous déjà perçu mon parfum ?
Peut-être avez-vous senti que mes feuilles collent légèrement entre vos doigts ?
Mes feuilles sont diurétiques. Elles soulagent les inflammations, accompagnent les douleurs articulaires, soutiennent les reins fatigués. Vous m’appeliez autrefois l’arbre aux goutteux.
Mes baies, noires et luisantes, concentrent des trésors d’antioxydants.
Elles vous renforcent, vous protègent, vous tonifient.
Et croyez-moi, à l’époque où vous vivez, vous en avez bien besoin.
Je suis l’allié des transitions, de celles et ceux qui se relèvent.
Je vous aide à traverser les orages de la vie, les douleurs du mouvement, les défis de l’âge.
Je suis à la fois stimulant et apaisant. Oui c’est paradoxal, que voulez vous je suis à l’image de la vie.
Mon parfum est puissant, végétal, presque animal.
Il dérange parfois, il captive souvent.
On dit qu’il faut un palais initié pour m’aimer… mais une fois apprivoisé, je suis inoubliable.
Je ne suis pas un fruit qu’on consomme sans y penser.
Je teinte les doigts, je marque les vêtements, je laisse des traces.
Je suis la mémoire d’un été, d’un sirop maison, d’une amie d’enfance les mains pleines, d’un pot de confiture oublié dans la cave.
Nous connaissons nous ? avons nous une histoire ensemble ?



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